Instruire ses enfants en famille, c'est prendre la responsabilité de leur fournir un environnement leur permettant de faire toutes sortes d'apprentissages, que l'on soit plutôt école à la maison ou apprentissages autonomes, avec toutes les nuances possibles dans les manières de procéder. Quand on envisage l'IEF, on pense généralement avant tout aux besoins des enfants et à la manière de s'organiser des parents. Mais, pour moi, l'IEF concerne aussi les parents sur un autre plan.

Bien sûr, instruire ses enfants en famille, c'est aussi passer plus de temps avec ses enfants que la famille type en France. Avec des journées marquées par le rythme scolaire (heure du lever pour ne pas être en retard ; heure du coucher pour réussir à se lever le lendemain ; vite, vite, il faut finir les devoirs...) et dont la majorité du temps se passe à l'école, sur le trajet aller et retour, et dans les suites de la journée d'école (devoirs, préparatifs pour le lendemain), les familles scolarisantes ont au fond peu de temps ensemble, et encore moins de temps vraiment libre. Avec la liberté de l'IEF, où chaque famille s'organise selon ses choix, ce qui lui convient, ses projets, etc., on peut profiter de nombreuses heures ensemble, même si cela n'implique pas du tout, et de loin, que les enfants soient toujours avec leurs parents et uniquement avec eux.

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Mais au-delà, l'IEF est pour moi une opportunité de renouer avec la soif d'apprendre, celle-là justement qui est souvent source de motivation pour ne pas ou ne plus scolariser les enfants. Cette soif d'apprendre que nous voulons qu'ils ne perdent pas ou qu'ils puissent retrouver, qu'en avions-nous fait nous-mêmes ? Peu de parents non-scolarisants ont eux-même grandi sans école. La plupart d'entre nous sont passés par des années d'école, plus ou moins appréciées, qui nous ont plus ou moins laissé de préjugés (Je n'aime pas l'histoire !) et d'étiquettes (Je suis nulle en maths !). Parfois, d'ailleurs, les parents s'inquiètent de la manière dont ils pourront aborder, avec leurs enfants, des matières scolaires jadis détestées. Bien sûr, ils peuvent déléguer : au XXIe siècle, trouver des informations ou des personnes-ressources est loin d'être compliqué. Mais c'est aussi une formidable occasion de se débarrasser des étiquettes (Tiens, finalement, quand les maths sont ludiques, j'ai envie d'en savoir plus !) et des préjugés (J'avais horreur d'apprendre des dates par coeur, mais les reconstitutions historiques, c'est passionnant !)...

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Et c'est ainsi que, petit à petit, on passe de l'IEF pour nos enfants à l'IEF avec nos enfants. Cela peut prendre bien des formes, comme par exemple :

  • ne pas se contenter de les déposer à un atelier ou une conférence mais y assister aussi, parce que c'est intéressant et qu'on peut ensuite en parler ensemble (la démarche n'étant pas si banale, ce n'est pas toujours facile à organiser au départ, mais au final, et sur des années d'expérience, j'ai constaté que les médiateurs étaient généralement satisfaits d'avoir un plus grand taux d'adultes qu'il n'est courant. Par contre, les bureaux d'inscription pour les groupes sont plus sceptiques, car cela ne rentre pas dans les cases et qu'au final ils ne sont pas présents pour voir que cela se passe bien) ;
  • faire des lectures ensemble (même si tout le monde sait lire en autonomie) ou s'échanger des livres, parce que même dans les éditions jeunesse, il y a souvent de quoi faire des découvertes pour les parents et, à l'inverse, certains documentaires publiés pour les adultes peuvent déjà être partagés avec des enfants intéressés ;
  • en prévoir pour tous les niveaux et les différentes soifs d'apprentissage : il m'arrive, par exemple, de lire un livre ou de regarder une vidéo qui n'attireraient pas encore mes enfants, sur un thème qu'ils explorent par un autre biais - comme il m'arrive aussi, de montrer moins d'enthousiasme qu'eux pour un sujet, et de m'y impliquer moins. Souvent, nous découvrons tous un même thème qui nous a intéressés, en ayant des activités communes, plus d'autres plus individuelles (d'autant plus que certains peuvent estimer ne pas avoir envie d'aller plus loin là où d'autres souhaitent approfondir, et ce n'est pas nécessairement une question d'âge).

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Je ne me vois vraiment pas comme la prof de mes enfants : je leur transmets certaines choses, ils m'en enseignent d'autres et nous découvrons ensemble ce qu'aucun de nous ne connaît. Souvent, l'enthousiasme de l'un se transmet aux autres et nous voilà partis sur toujours de nouveaux projets, dans des domaines que je n'aurais même pas imaginé creuser quelques années plus tôt !

Au final, au lieu de voir l'IEF comme une adaptation du travail d'un enseignant, qui prépare sa programmation sur des sujets a priori déjà maîtrisés, je conçois l'instruction en famille comme une manière de vivre ensemble, tout en étant chacun libre d'étancher sa soif d'apprentissages, avec les autres ou en parallèle. C'est d'ailleurs un bon modèle pour les enfants. De la même manière que nous critiquions, au collège, nos profs d'EPS qui ne faisaient jamais la moindre démonstration, demander à des enfants d'apprendre en restant soi-même sur ses acquis ne semble pas très cohérent ! Et c'est enrichissant pour les parents et non plus seulement pour les enfants. Cela permet aussi de ne pas rester sur notre propre histoire avec l'école et d'expérimenter soi-même ce que nous leur montrons : que les apprentissages sont partout, et d'autant plus accessibles que notre intérêt est grand. Avez-vous gardé ou retrouvé votre propre soif d'apprendre ?

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