Sorti officiellement hier, Mauvais élèves est un documentaire de Staraya Films et Régie Sud, réalisé par Nicolas Ubelmann et Sophie Mitrani. Il donne la parole à ceux que l'on n'entend jamais : les anciens cancres.

Affiche Mauvais élèves

Ce documentaire nous offre en effet les témoignages de nombreux anciens "mauvais élèves", qui s'expriment spontanément, sans intervention d'un journaliste ou narrateur en voix off. Et ce n'est pas utile. A une époque où le taux d'échec scolaire est plus qu'inquiétant (110 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans diplôme, source ici), il est très intéressant d'avoir proposé à ces "cancres" de faire un bilan sur leur scolarité houleuse et de voir ce qu'ils sont devenus...

Eden et Raphael

Et justement, aujourd'hui, ils sont spéléologue, violoniste, directeur des impôts, animatrice culturelle, professeur de violoncelle, hôtelier, professeur de français, exploratrice, musicien, maire adjointe... Bref, ils ont un travail, une vie et ils vont bien ! D'ailleurs, certains parmi eux sont désormais parents d'élèves, ce qui les contraint à repasser par la case "devoirs à la maison"... Ce sont parfois leurs parents qui s'expriment, racontant leurs inquiétudes face à ses enfants qui ne se plaisaient pas à l'école.

Sam

Certains de ces "mauvais élèves" ont gardé leurs bulletins scolaires et relisent des commentaires tellement critiques qu'ils ne risquaient pas de les aider à s'améliorer... Ils évoquent leur incompréhension devant l'intérêt de ce qu'on leur demandait de faire à l'école ou le manque d'estime de soi qu'ils ont tirés de leur scolarité difficile ("Je me sentais minable !"). Ils auraient voulu savoir pourquoi ils devaient apprendre tout cela, que cela soit moins scolaire et plus lié à la vie, qu'il y ait des liens entre les matières ("Jamais je n'aurais pu deviner que Pythagore, c'était quelqu'un" et pas juste un théorème !), que l'on s'intéresse à la manière dont eux se construisaient en tant que futurs adultes et non pas tant aux programmes, qu'on les considère comme des individus... Des demandes légitimes, que les écoliers d'aujourd'hui pourraient faire, une ou plusieurs générations plus tard.

Photo classe d'un te¦ümoin

Ils se souviennent encore des professeurs qui ont créé ou conforté des blocages en eux, mais aussi de ceux qui leur ont fait confiance, qui les ont soutenus et ont parfois joué un rôle majeur dans leur orientation. Lors de la visite d'une ancienne école, conservée telle quelle avec son bonnet d'âne, une enseignante à la retraite explique que l'Education Nationale, c'est un "carcan, qui a fait beaucoup d'échecs" et qu'il ne faut pas hésiter à en sortir. Des artisans de l'association L'outil en main, grâce à laquelle des retraités transmettent leur savoir-faire à des jeunes, témoignent du plaisir d'un apprentissage choisi par les enfants, dans une atmosphère agréable.

Jean Louis _ Outil en main

En tout cas, ils ont l'air d'aller bien, ces anciens élèves ! Ce ne sont pas des laissés pour compte ou des personnes incapables de trouver leur place dans la société, loin de là. Ils ont du recul par rapport à leur expérience scolaire et beaucoup à raconter. Certains ont semé la pagaille dans la classe, d'autres se sont contentés de faire une présence discrète, mais aucun n'appréciait d'être là. Il serait peut-être temps de les écouter ?

Emmanuelle, enseignante a¦Ç Figeac

N'hésitez pas à prendre contact pour organiser une projection.