L'actualité politique concernant l'instruction en famille ou IEF a été la source de débats. A l'heure où le gouvernement aimerait imposer les tests aux enfants non-scolarisés, certains ont montré leur incompréhension sur notre désaccord. Pourquoi refuser les tests si nos enfants sont bel et bien instruits ?

quiz-1373314_1920

Les raisons sont pourtant nombreuses. En voici un certain nombre, sans ordre particulier :

 

  • parce que ne pas mettre ses enfants à l'école peut être motivé en bonne partie par un refus de ces évaluations, de ce système qui enseigne avant tout à l'enfant qu'il ne sait pas et qu'il doit apprendre de l'adulte qui, lui, sait et va contrôler ;

 

  • parce qu'un test peut être stressant, indépendemment des connaissances accumulées - il serait bien erroné de penser qu'on ne stresse que lorsque l'on ne sait pas ! ;

 

  • parce que faire tester des enfants qui n'ont jamais connu un contrôle de leur vie revient à les mettre en situation d'échec ;

 

  • parce que les enfants scolarisés sont testés sur ce qu'ils viennent d'apprendre alors qu'aux nôtres on pose des questions sur ce qu'ils ont vu (ou pas) tout au long de l'année ;

 

  • parce que nous ne sommes pas soumis aux programmes de l'Education nationale et que leurs tests ne sont donc pas adaptés ;

 

  • parce que nos enfants n'ont pas appris à répondre à des personnes qui connaissent déjà la réponse et n'en attendent qu'une seule bien précise - chez nous, si nous posons une question aux enfants, c'est parce que nous souhaitons réellement découvrir leur réponse, et pas pour entendre une réponse attendue ;

 

  • parce que c'est précieux quand un enfant apprend par pure soif d'apprendre et n'agit pas par rapport à des contrôles ou des notes, la motivation intrinsèque donne des résultats bien supérieurs qu'une motivation indirecte et externe ;

 

  • parce que les enfants scolarisés connaissent leur maître ou maîtresse mais que les nôtres se retrouvent contrôlés par des inconnus, encore une condition discriminante ;

 

  • parce que ces contrôles ne permettent que de vérifier - et encore - certaines acquisitions et pas de savoir ce que l'enfant connaît vraiment : en IEF, les enfant n'apprennent pas forcément les mêmes choses ni dans le même ordre qu'à l'école. Et c'est un droit puisque l'obligation est de viser le socle commun à 16 ans. Seulement si un inspecteur contrôle un enfant de 7 ans avec des tests prévus pour le CE1, il verra très vite ce qui n'a pas été fait par rapport au programme de l'Education nationale pour le CE1, mais il passera complètement à côté de la richesse des acquisitions réelles de l'enfant puisque son test n'en tiendra pas compte. Il pourra trouver qu'il est "en retard" sur certains points mais n'aura aucun moyen de constater là où il est en avance ;

 

  • parce qu'au contraire, une discussion ouverte et respectueuse avec l'enfant et ses parents permet d'avoir un aperçu de cette personne unique, de ses centres d'intérêt, de ses points forts et points faibles et que les tests ne sont donc pas le seul moyen de savoir quelle instruction l'enfant reçoit ;

 

  • parce que la liberté pédagogique devrait continuer à signifier que le modèle de l'Education nationale n'est pas le seul à fonctionner - si tant est qu'il fonctionne ;

 

  • parce que la France reconnaît la présomption d'innocence et qu'il faudrait qu'il y ait une raison valable avant de penser que les méchants parents privent leurs enfants d'instruction, alors que faire un choix qui reste aussi minoritaire montre au contraire beaucoup de réflexion et d'engagement auprès de l'enfant ;

 

  • parce qu'il serait intéressant d'être un peu ouvert et confiant vis-à-vis des parents qui ne font après tout qu'un choix légal ;

 

  • parce que même si on ne dispose pas encore vraiment d'études en France, l'IEF existe aussi à l'étranger, notamment aux États-Unis où les études montrent que ces enfants réussissent leur vie après l'IEF aussi bien, si ce n'est mieux que les enfants scolarisés ;

 

  • parce que les tests et contrôles n'ont jamais fait progresser qui que ce soit : ce sont simplement des outils pratiques pour les adultes - à eux (à nous) de placer l'intérêt de l'enfant en premier même si cela veut dire qu'il faut faire un petit effort supplémentaire ;

 

  • parce que certains enfants peuvent avoir des difficultés à l'écrit, ce qui les met en double tâche quand ils doivent répondre à des questions écrites ;

 

  • parce que venir dans une famille pour demander des preuves d'instruction aux enfants et à leurs parents relève déjà largement du contrôle et qu'il n'est pas nécessaire de faire subir en plus des tests alors que la famille peut parler, présenter ses ressources, etc. et que cela pourrait être un moment de partage ;

 

  • parce que l'Education nationale est juge et partie ;

 

  • parce que l'Education nationale tente de nous imposer une obligation de résultats là où elle n'a, elle, qu'une obligation de moyens : si un enfant est jugé comme pas assez instruit suite à ces tests, il sera rescolarisé (après 2 contrôles non satisfaisants), mais quid d'un enfant scolarisé qui n'aurait pas le niveau d'après 2 contrôles ? ;

 

  • parce qu'un test n'est que le reflet d'un instant et que de nombreux facteurs entrent en compte pour savoir ce que cela vaut réellement : la forme de l'enfant, son degré d'intimidation, l'habitude ou non du type de questions posées, etc. ;

 

  • parce que ce sont les parents qui ont un devoir d'instruction et que ce sont eux qui devraient être les interlocuteurs de l'inspecteur, comme ce sont les instituteurs qui le sont à l'école, alors que là ce sont les enfants qui sont contrôlés ;

 

  • parce qu'en dehors de l'école, on peut encourager un enfant à ne pas avoir peur de l'erreur, qui est source d'apprentissage, mais que tout cela n'a plus le même sens si l'enfant est jugé sur ce qu'il fait ;

 

  • parce que faire l'IEF, c'est faire du sur-mesure pour chaque enfant et que cela ne peut pas être validé ou non par un outil d'instruction de masse...

 

Les raisons ne manquent pas. Faire l'instruction en famille, ce n'est pas reproduire le système scolaire à la maison. C'est cela, la liberté d'instruction.

Suppression14bis-29