Ces derniers temps, on a tout entendu (voir ici pour l'actu). Pour durcir les conditions des contrôles des familles qui ont fait le choix de l'IEF (instruction en famille) et pour les contraindre à calquer le modèle oh combien contestable de l'Education nationale, tout est bon.

 

  • Les politiciens présentent l'augmentation énoooorme du nombre des enfants qui ne vont pas ou plus à l'école comme une menace - en oubliant de dire qu'ils ne dépassent toujours pas 0,7 % des enfants en âge d'instruction obligatoire...

 

  • Ils s'indignent que des familles puissent se rebeller face à l'inspection académique - sans préciser que cette démarche non-anodine les met en danger d'un signalement au procureur et est généralement l'aboutissement d'abus de pouvoir répétés des inspecteurs, avec des impacts très négatifs sur l'envie d'apprendre des enfants...

 

  • Ils font semblant de ne pas comprendre comment on pourrait ne pas accepter leurs modifications législatives puisqu'en somme, ils veulent juste s'assurer que nos enfants apprennent au moins autant que les autres - sans reconnaître que les enfants peuvent passer des années sans rien apprendre sur les bancs de l'école, les chiffres en sont témoins, alors que l'on nous impose à nous, abusivement, une obligation de résultats que l'EN ne pourrait pas assumer...

 

  • Et, de manière générale, ils donnent l'impression au grand public que des problèmes sont présents en IEF (lesquels ? sectes ? salafisme ? maltraitance ? apprentissages insuffisants ? On ne sait pas, ce n'est même pas clairement précisé). Et si ces problèmes sont présents, bien sûr, c'est LA FAUTE DES FAMILLES. Pas celles des inspecteurs, qui eux, ne font que leur travail, n'est-ce pas ? Donc, on durcit les conditions pour les familles et tout est réglé ? Ce plan paraît parfait, non ?

 

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Alors, à vous, politiciens qui prétendez ou peut-être même croyez dur comme fer que les problèmes viennent des familles, je voudrais vous demander :

 

  • Que diriez-vous d'une famille recevant une injonction de scolarisation après un seul contrôle négatif, pour lequel elle n'aurait eu ni rapport ni préconisations sur ce qu'il fallait changer ou améliorer ?

 

  • Que diriez-vous d'un enfant qui se prive tout seul de lecture pendant trois semaines parce qu'il pense que c'est mal de bien lire à son âge, parce qu'après l'avoir vu et entendu lire, l'inspectrice a prétendu qu'il ne savait pas lire mais qu'il avait appris le livre par coeur ?

 

  • Que diriez-vous d'un enfant d'à peine 7 ans convoqué pour 2h30 de tests dans des locaux inconnus et sans la présence de ses parents, invités à le déposer à l'entrée et à venir le chercher à la fin, alors qu'à l'école où les enfants sont pourtant habitués aux contrôles, il faut attendre la classe de troisième pour des évaluations aussi longues ?

 

  • Que diriez-vous d'un inspecteur qui ne regarde aucun des nombreux cahiers remplis par l'enfant, sous prétexte que cela prendrait trop de temps, et qui prétend ensuite qu'il n'y avait aucune trace écrite d'instruction ?

 

  • Que diriez-vous d'une inspectrice qui répond aux parents : "Vous n'êtez pas en position de demander quoi que ce soit !" quand ceux-ci ont tout simplement souhaité expliquer comment se passe l'instruction de leurs enfants ?

 

  • Que diriez-vous d'une inspectrice qui annonce brutalement qu'elle ne voit aucun progrès dans l'écriture d'un enfant dysgraphique, devant lui, alors même que plusieurs professionnels ont, pour l'occasion, attesté par écrit d'une amélioration considérable ?

 

Vous pourriez dire que ce sont des exceptions, que les inspecteurs ne sont pas là pour braquer les enfants, pour refuser la communication avec les adultes ou pour dévier des procédures légales. Et, fort heureusement, il y a aussi des témoignages de contrôles respectueux.

Mais que diriez-vous si je vous précisais que les six exemples cités plus haut viennent des contrôles pédagogiques d'une seule famille, la mienne, avec seulement deux enfants et en seulement cinq ans ?

Les contrôles pédagogiques posent des problèmes, c'est évident. Mais c'est trop facile de faire croire que cela vient d'un manque de coopération des familles. Qui va vérifier que l'inspecteur reste neutre et fait son travail sans juger des choix légaux d'une famille et sans s'octroyer le droit d'ignorer le cadre légal ? Ce n'est pas en durcissant les conditions pour les familles que cela pourra s'arranger. Il faudrait commencer par s'assurer que les choix légaux des familles soient respectés et que l'Education nationale, déjà juge et partie, ne se permette pas tout et n'importe quoi.