Isabelle Filliozat, psy, est bien connue pour ses nombreux ouvrages de développement personnel. Elle vient de sortir un livre très différent : Bien dans sa cuisine, Quand la préparation du repas devient une aventure intérieure, chez J.C. Lattès. Entre deux recettes, elle aborde beaucoup de thématiques : la joie - ou la crainte - de recevoir, le choix de manger en conscience, les émotions échangées en même temps que l'on partage les aliments, etc.

Bien dans sa cuisine

J'ai envie de partager ici un extrait du premier chapitre, qui s'intitule "Je ne sais pas cuisiner", parce qu'il aborde un point de pédagogie qui me semble essentiel et qui, pourtant, n'est pas pris en compte à l'école où les enfants sont si souvent passifs. L'auteure raconte comment son frère a voulu faire cuire des pâtes sans penser à mettre de l'eau dans la casserole. "Bien sûr, il avait vu maman faire cuire des pâtes, mais... il n'avait pas vraiment regardé. Il ne s'était probablement pas senti concerné et/ou ne s'était pas mis "en première personne". C'est ainsi qu'on nomme cette dynamique en pédagogie, se mettre en position de sujet ou encore passer en JE. Quand l'élève regarde et écoute le professeur parler, le professeur reste le sujet, il enseigne à l'élève, ce dernier est en position d'objet. Même en écoutant très attentivement, en restant bien concentré, si l'élève ne passe pas en JE, c'est-à-dire qu'il continue de se dire "le professeur ajoute x et y" au lieu de "j'ajoute x et y", il n'apprendra pas ou beaucoup moins bien. Tandis que s'il se voit sujet dans sa tête, il/elle assimile et mémorise."

Clairement, enfant ou adulte, quand on se sent impliqué et concerné, on retient tellement mieux ! L'instruction en famille donne beaucoup plus d'opportunités aux enfants de prendre en main leurs apprentissages.*

Isabelle Filliozat creuse ensuite un autre thème que l'on retrouve chez de nombreuses familles non-scolarisantes : le bon accueil que l'on peut réserver à l'erreur, comme moyen d'apprentissage, alors qu'à l'école on traque les fautes au stylo rouge :

"[...], mais parce que personne ne s'est moqué de lui, la leçon a été fructueuse.

Nous sommes hélas enclins à juger nos erreurs comme des fautes. Et parce que nous n'aimons pas les échecs, nous les vivons trop souvent comme des humiliations. Peut-être parce que nous avons effectivement été humiliés par nos parents, par nos frères et sœurs ou à l'école. Pourtant, au cours de notre apprentissage, nous devrions accueillir chaque erreur comme une bénédiction ! Les erreurs aident à la compréhension profonde et sont sources de créativité, à condition bien sûr de ne pas subir de moquerie. La mésaventure de mon frère a été riche d'enseignement. Elle lui a permis de devenir par la suite un excellent cuisiner et ses plats ne sont plus secs ni brûlés. Chaque erreur nous rapproche de la perfection parce qu'elle nous apporte de l'information. "L'échec est le fondement de la réussite", disait Lao Tseu. Mais il ne l'est qu'à condition de lui permettre d'être notre maître !"

L'auteure poursuit ensuite en expliquant qu'en cuisine - comme dans d'autres domaines de la vie - on apprend en faisant, en essayant, en se trompant et en cherchant à apprendre de nos échecs. C'est quelque chose que l'on voit au quotidien quand on s'affranchit du système scolaire, même s'il faut parfois le réapprendre soi-même !