Wendy Priesnitz, éditrice du magazine Life Learning, que j'aime beaucoup, a récemment écrit un article au sujet du vocabulaire pour les familles "sans école". A juste titre, elle remarque que le vocabulaire utilisé (homeschooling, unschooling, deschooling, etc.) se rapporte toujours à l'école, ce qui ne devrait pas être le cas pour des familles qui ont justement choisi de s'en passer. Elle demande à ses lecteurs de privilégier des termes comme life learning, l'apprentissage au cours de la vie (arg, le français et sa tendance aux longueurs), ou self-directed learning, apprentissage autonome ou auto-géré.

Son plaidoyer me parle tout à fait, mais je me rends compte que le vocabulaire est très mal adapté, une fois de plus, à tout mouvement minoritaire. Dans une société où beaucoup croient encore que l'école est obligatoire, il n'est pas facile de parler en termes simples de ce que font les personnes qui profitent du droit à une instruction différente.

2009

Mon grand, le jour de la "non-rentrée" 2009

Personnellement, je parle "d'instruction en famille", ce qui ne me satisfait qu'à moitié parce que je ne nous sens pas vraiment dans l'instruction. Chez nous, c'est plutôt, à ce jour, de l'apprentissage spontané pour une bonne part, et des activités ludiques qui nous font (j'insiste sur le nous) apprendre des choses en passant - mais que nous ne ferions pas si elles ne nous attiraient pas. Cela peut être amené à changer, mais à un aucun moment je n'envisage de me voir comme l'institutrice de mes enfants, donc le mot "instruction" est déjà un peu décalé. Nous sommes dans l'apprentissage, parce que la vie fourmille d'apprentissage, mais pas vraiment dans l'instruction. Quant à "en famille", bien sûr, comme nous sommes généralement en famille, ce que mon fils apprend se fait généralement dans ce cadre. Mais il est tout aussi évident que lorsqu'il est sans sa mère, son père ou son frère, il trouve également de nombreuses opportunités d'apprendre diverses choses.

"Instruction en famille" est donc une expression que j'utilise faute de mieux, et surtout parce qu'il y a pire, mais ce n'est pas du tout l'idéal. Par contre, cela commence à avoir du sens pour le grand public, avec l'effet "vu à la télé". Parfois, je vois bien que ça n'évoque rien à mon interlocuteur et je précise. Mais, de plus en plus, on me répond quelque chose comme "Ah oui, ça existe, j'ai vu ça dans un reportage" (Hum, oui, ça existe, nous en sommes une preuve vivante en face de vous, encore mieux que le petit écran !). Bon, le vocabulaire a quand même pour but de communiquer, donc si je parviens à faire passer un certain sens par ces mots, c'est déjà une première étape.

2009

Mon fils à son atelier argile, à 3 ans 1/2

De manière plus personnelle, entre initiés on va dire, je dis plutôt "non-sco", mais là on est dans le vocabulaire négatif, ce n'est pas extraordinaire non plus. Nous avons cette particularité de vivre l'apprentissage autrement, mais ainsi décrits, nous semblons définis par l'absence d'école. Un peu comme le politiquement correct, mode dont je ne suis pas fan, qui a voulu appeler les aveugles non-voyants et les sourds malentendants (contresens, en plus : les Sourds n'entendent pas mal, ils n'entendent pas ; être malentendant recouvre une autre réalité).

Mon fils, lui, explique aux curieux dans le bus, les boutiques et autres lieux publics, qu'il fait "l'école à la maison". Quand je disais qu'il existait pire comme expressions... Je n'aime pas du tout celle-ci car il est certain que nous ne faisons pas l'école, dans le sens où nous ne reproduisons pas un fonctionnement scolaire du tout. Quant à la maison, il ne faudrait pas croire que nous y passions tout notre temps, loin de là !

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L'apprentissage n'a pas besoin d'être cloisonné entre quatre murs !

Les "personnes qui apprennent autrement" (non, ça n'ira pas non plus, cette formule est trop longue et pourrait recouvrir plusieurs sens différents) utilisent diverses étiquettes : apprentissages auto-gérés, unschooling, éducation formelle ou non-formelle, etc. Malheureusement, j'ai plus l'impression que les vocables qui expriment ces différentes philosophies de l'instruction en famille sont souvent utilisés de manière à regrouper par clans, avec jugement de valeur intégré. Pas systématiquement, bien sûr, mais mon ressenti personnel, c'est que ces mots sont trop souvent brandis dans l'idée que telle manière de faire est supérieure à telle autre. Je n'y trouve donc toujours pas de vocabulaire satisfaisant et, de toute façon, il serait encore moins compris du grand public.

On peut faire le parallèle avec l'allaitement. Le jour où l'on dira "le lait" sans que cela évoque une vache à qui que ce soit, au lieu de devoir ajouter "maternel" pour désigner celui de notre espèce ; le jour où on dira "allaitement" et non plus "allaitement long" pour désigner une durée plus proche de ce que les études désignent comme la durée physiologique de l'allaitement ; alors, ce jour-là, l'allaitement aura fait un pas en avant énorme dans la société. Pour l'instruction en famille, on en est encore si loin, qu'il nous manque, me semble-t-il, le vocabulaire de base : il ne s'agit pas de l'affiner, mais carrément de le créer. Avez-vous des suggestions ?